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Pascal BRICE au "Monde": "arrêter de croire que faire attendre les gens, tenter de les dissuader, arrangerait quoi que ce soit."

Pour Pascal BRICE, Directeur Général de l'OFPRA, la procédure Dublin telle qu'appliquée actuellement n'est bonne "pour personne", tandis que les délais et autres tentatives dilatoires imposées par l'administration française dans les préfectures ne font "qu’aggraver les choses pour tout le monde.

Dans une interview au quotidien Le Monde le 8/01/2018, le Directeur Général de l'OFPRA, Pascal BRICE, rappelle que l'augmentation de 17% du nombre de demandeurs d'asile en 2017, pour dépasser les 100 000 demandes, "ne doit pas être interprété(e) comme un afflux massif (…) n’oublions pas que l’Allemagne enregistre encore deux fois plus de demandeurs que nous."

En revanche, le Directeur Général de l'OFPRA rappelle que les entraves administratives mis sur le chemin des demandeurs d'asile représentent les principaux obstacles au bon fonctionnement des procédures d'instruction de demande d'asile. Pascal BRICE vise notamment les délais imposés à l'accès à la procédure par les services préfectoraux, estimant que "Nous devons rapidement parvenir en tout point du pays à une prise en charge complète, digne, juste et rapide de chaque demandeur d’asile, depuis l’accès à la procédure dans les préfectures, l’hébergement et jusqu’à l’instruction de la demande. C’est indispensable si l’on veut ensuite pouvoir tirer les conséquences des décisions prises, à la fois pour améliorer l’intégration des réfugiés et pour mieux assurer la reconduite des personnes déboutées qui n’ont pas de droit au séjour. C’est une question de moyens, mais au-delà c’est une véritable révolution culturelle qu’il faut conduire en France et en Europe : il faut arrêter de croire que faire attendre les gens, tenter de les dissuader, arrangerait quoi que ce soit. Cela ne fait qu’aggraver les choses pour tout le monde."

Pour l'OFPRA, qui doit corriger ses statistiques à cause de la place grandissante des personnes en procédure Dublin, la mise en œuvre aveugle de cette procédure par les préfecture, à l'injonction du Ministère de l'Intérieur, est aussi une mauvaise idée: "L’Office subit de plein fouet les failles du système européen de l’asile. D’abord, il est inacceptable que nous perdions du temps à instruire le dossier de demandeurs déjà rejetés en Allemagne, qui viennent tenter leur chance en France. Mais tous les « dublinés » ne sont pas déboutés dans un autre pays européen, loin de là. Beaucoup ont simplement été contraints de laisser leurs empreintes sur leur route avant d’arriver en France. L’application actuelle des textes nous empêche d’instruire leur dossier dans un premier temps et en définitive, nous les récupérons ensuite, épuisés par de coûteux mois d’attente… Ce qui n’est bon pour personne."

Enfin, le Directeur Général de l'OFPRA met en garde les tentations du Ministère de l'Intérieur à engager des contrôles sur la régularité des personnes hébergés dans les dispositifs d'urgence, rappelant que "cela doit se faire dans le respect de l’accueil inconditionnel des personnes en détresse, comme du travail des acteurs sociaux, et dans un climat de confiance qui suppose notamment que chacun, demandeurs d’asile comme accompagnants, puisse être convaincu que l’on garantit effectivement un accès rapide à l’examen de la demande d’asile."

Concluant sur le débat autour du projet de loi qui affectera l'asile en discussion actuellement et en débat au printemps, le Directeur Général de l'OFPRA se félicite qu'il offre "l’occasion de cesser les confusions entre le droit d’asile et la politique migratoire, car elles desservent finalement toutes l’accueil des réfugiés", et que, en particulier, la notion de "pays tiers sûr" ait été retirée du projet de loi: "C’eût été une dénaturation du droit d’asile tel qu’il est garanti par la Constitution et de la mission de protection de l’Ofpra. Je m’attends à une évolution du droit européen pleinement compatible avec ce choix."

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