Nouvelles instructions pour l'hébergement d'urgence en Isère

  • Imprimer

ou comment, de politiques indigentes, on passe à l'abandon pur et simple
des populations en grande précarité

Démonstration en deux actes


Au début de l'été 2013, environ 500 personnes hébergées dans le dispositif d'hébergement d'urgence risquent d'être mises à la rue.

Acte I

Comment la préfecture de l'Isère fait de l'arithmétique pour éviter d'évoquer les populations affectées par ses décisions.

L'hiver 2012-13 a été un "gouffre financier" : 4 millions sur BOP 177 et 2 millions sur BOP 403. Le dépassement budgétaire de la pérennisation du dispositif « Hiver » au cours de la « Sortie de l'Hiver » (période courant du 30 mars au 30 juin) atteint déjà 3 millions, et les besoins s'élèvent à 14 millions d'euros.

Les instructions sont tombées par une lettre du préfet de région, datée du 30 mai, adressée au préfet de l'Isère : aucun dépassement budgétaire ne sera accepté. Le pôle « Sortie de l'hiver » a été évalué à 780 places et 220 places supplémentaires sont nécessaires. Sur ces 220, seules 104 pourront être ouvertes, attribuées en priorité aux APS Santé et aux femmes victimes de violences, en réponse à la circulaire du 12-04-2013.
Avec le budget disponible, le dispositif comptera désormais 172 places pérennisées du dispositif Hiver + 104 ouvertes.

La préfecture a raison de mettre des familles à la rue puisqu'elle n'a pas le budget de les maintenir dans leur hébergement...

Acte II

Comment la préfecture de l'Isère se cache derrière son obligation d'appliquer les instructions pour oublier que les choix sont en réalité politiques et non arithmétiques ; que tout citoyen dispose d'un libre arbitre qu'il peut mettre en œuvre à tout moment ; et que l'Histoire doit ses plus grands moments à ce libre arbitre.

Les acteurs de terrain grenoblois s'inquiètent du niveau de violence dans les relations sociales : gestes hostiles voire dangereux à l'égard des habitants de campements ; agressivité des bénéficiaires de l'aide à l'égard des bénévoles qui la dispensent. Laisser prospérer les campements comporte un risque majeur de générer des comportements violents.

Les populations hébergées sont dans la dépendance des associations caritatives pour assurer leur survie. Or l'aide alimentaire, par exemple, n'est pas assurée aujourd'hui. Dans le cas des populations étrangères, elles n'ont pas de droit au travail pour trouver les moyens de subvenir à leurs besoins. Que va-t-il se passer cet été avec autant de personnes en grand besoin abandonnées à la rue ?

A nouveau, l'appel est lancé aux associations pour garantir un accompagnement de ces familles car personne ne sera en mesure de financer de l'accompagnement professionnel. Aux bénévoles de recueillir la colère provoquée par les manquements de l’État.

La préfecture a raison de mettre des familles à la rue parce qu'elle applique les instructions qu'elle reçoit, elle est là pour les appliquer.