Défendez le droit d'asile !

Cultivons-nous

Réforme du droit d'asile, naufrages en série en Méditerranée, manifestations à Calais, propos déplacés sur les Roms et "affaire Léonarda", la rentrée est agitée…Pour l'ADA, il s'agit encore et toujours de trouver une cohérence dans le dispositif local d'accueil des demandeurs d'asile – entre "préaccueil" de la préfecture, refus préfectoral de renouveler l'agrément de l'ADA pour la domiciliation des demandeurs primo-arrivants, missions prises en charge par la Plateforme, et effondrement du dispositif local d'hébergement. L'Observatoire de l'Asile en Isère – OASIS – piloté conjointement par l'ADA et la Cimade de Grenoble, trouve graduellement sa place: comprendre pour agir. Analyser et rassembler des informations pour alerter et aider collectivités locales et associations dans leur action.

On trouve quand même le temps d'être un peu agacés.

Habituellement, on aime plutôt bien les prises de position et les analyses de Caroline Fourest, journaliste et essayiste. Pourtant, sa chronique du 22/10/2013 sur les Matins de France Culture nous a fait bondir. Bondirez-vous vous aussi, nous vous proposons de la (ré-)écouter :

Caroline Fourest reprend le contexte de l'expulsion d'une famille de demandeurs d'asile et la réforme de l'Asile pour avancer des affirmations qui nous semblent bien hasardeuses – et qui surtout servent de base à tous ceux dont les objectifs et idées en matière d'asile sont beaucoup plus ambigües. Il semblerait que "l'organisation indépendante" à l'origine des informations reprises dans cette chronique est France Terre d'Asile. Qui est loin d'être indépendant, puisque principal opérateur de l'Etat pour la gestion de CADA.

Habituons-nous d'abord à taire les fausses évidences, qui permettent d'entretenir des débats tronqués aux agendas opaques.
Ainsi, de "l'explosion" du nombre de demandeurs d'asile. Faux: les chiffres de l'OFPRA indiquent une stabilité (43 503 demandes sur les 9 premiers mois 2013, contre 43 544 sur la même période en 2012). L'OFPRA, dans son rapport d'activité 2012, présente un graphique du nombre de demandeurs d'asile présentant des hauts et des bas spectaculaires, mais une stabilité moyenne entre 1981 et 2012 du nombre de demandeurs d'asile.
"4 demandeurs sur 5 ne correspondent pas aux critères": faux à nouveau. L'OFPRA et la CNDA ont reconnu, en 2012, 9976 protections et statuts de réfugié, 61468 personnes, mineurs isolés compris, avaient alors sollicité l'asile en 2012. Mais l'OFPRA publie surtout des chiffres sur 3 ans, le "Bilan de la demande d'asile", dont les chiffres montrent que plus du tiers des requérants obtiennent une protection de la part de l'OFPRA ou de la CNDA. Depuis 2007, le nombre de personnes protégées n'a cessé de croître. On ne sait de quel "organisation indépendante" parle Caroline Fourest, mais ces chiffres sont ceux de l'OFPRA.

Arrêtons aussi de stigmatiser certaines populations, certains pays. 544 Kosovars ont obtenu une protection en 2012 alors que 2608 nouvelles demandes avaient été déposées – la plupart obtiendront une réponse en 2013. Quant au Bangladesh, il a été retiré de la liste des pays d'origine sûrs par une décision du Conseil d'Etat du 4 mars 2013, "compte tenu des violences auxquelles sont exposés des opposants politiques ainsi que certaines catégories de la population en raison de leur religion, de leur origine ou de leurs opinions, sans garantie de pouvoir disposer d'une protection suffisante de la part des autorités publiques, ainsi que des violations des droits des minorités et des personnes déplacées dans certaines régions."

Et apprenons enfin ce qu'est l'asile. L'asile constitutionnel reconnaît qualité de réfugié "à toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté" (article L 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile inspiré de l'alinéa 4 du préambule de la Constitution de 1946). En réalité, elle ne s'applique à quasiment personne. Quant à la protection reconnue aux victimes de conflits comme les Syriens, elle n'est qu'une des 3 menaces prévue par la Protection subsidiaire. La convention de Genève, elle, reconnaît le statut aux victimes de persécution au motif de leur religion, leur appartenance ethnique, leur nationalité, leurs opinions politiques ou leur appartenance à un groupe social.
Enfin, c'est le travail de l'OFPRA et celui de la CNDA que de décider quelle demande est fondée, ou infondée. Pas la nôtre, pas celle des chroniqueurs.

Que la chronique de C.Fourest sur une radio qu'on aime beaucoup, ait été reprise in extenso sur des sites identitaires comme Fdesouche.com montre à quel point il faut apprendre à mieux rédiger ses textes, si on veut éviter que ses approximations ne prennent un tour plus pernicieux. Et apprendre aussi ce qu'on entend par "indépendant".

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